Rencontre avec Doriane Van Overeem

Doriane Van Overeem est un de nos coups de coeur belges favoris de cette année. Nous avons désiré en savoir plus sur qui elle est et son travail. Un talent belge à suivre !

Depuis la découverte de son travail lors des Brussels Fashion Days, Doriane est dans le collimateur de la team. Une de ses pièces se retrouve dans nos 10 must haves de novembre et on ne la lâche plus. Résultat, nous avons profité d’une de ses ventes privées pour la rencontrer.

Qu’est-ce que La Cambre t’a le plus appris ?

J’ai vraiment appris à m’exprimer, à développer mon univers créatif, à avoir plus confiance en moi. Il y a énormément de remise en question, de soi-même, et même du travail qui est fourni. Du coup ça permet réellement de savoir ce que l’on veut et ce qu’on ne veut pas.

Que veux-tu faire ressortir dans tes collections ?

Quelque chose du fun, de joyeux, de l’énergie positive. J’aimerais que les gens osent s’amuser un peu plus.

Tu évoques l’image de la femme et des idéaux qu’il faudrait renverser dans ta collection Fatherfuckers’ Queen. Pourquoi ?

D’un point de vue fondamental, c’est parce que je pense qu’il y a encore beaucoup de choses à changer et qu’on croit avoir évolué alors que ce n’est pas toujours le cas. Pour Fatherfuckers’ Queen, j’ai repris une insulte que tout le monde connait « Motherfucker ». Pourquoi ces insultes sont toujours dirigées vers le genre féminin et pas dans l’autre sens ? C’est le même cas pour la collection « The Way To Say No », le titre est une allusion au harcèlement sexuel quotidien auquel les femmes doivent faire face, dans la rue par exemple. J’essaie de rappeler qu’on a tous le droit de dire non, c’est un droit élémentaire de chaque être humain.

Dans la forme mes collections sont colorées, avec des imprimés reconnaissables. Mais dans le fond, il y aura toujours un discours très revendicateur et militant, qui sera constant à travers chaque saison.

Comment ou avec qui travailles-tu ?

Chaque saison il y a une sorte de collaboration avec un artiste, de tous milieux confondus. La saison AW14, j’ai collaboré avec une designer textile ; on a fait du flocage artisanal de velours, du marbrage à la main, une technique d’enduit sur de la popeline… J’ai aussi dessiné des lunettes cette saison-là pour une autre collaboration. J’ai également collaboré avec Walter Lecompte, qui est fourreur.

Pour la dernière saison SS15, ça s’est fait avec un ami qui est tatoueur. La méduse brodée à la main sur un des sweaters est basée sur un de ses dessins. On l’a retraduit avec mon stagiaire Ziwei qui est étudiant en design textile. Chaque saison, l’idée est donc vraiment d’amener un artiste d’un milieu différent pour ouvrir le milieu de la mode à d’autres disciplines.

De quoi t’inspires-tu ?

J’ai décidé de partir sur des personnages de mon enfance, des contes de fées et des personnages fantastiques. J’ai commencé par le personnage de la reine et la saison qui vient de sortir c’est la sirène. On retrouve des imprimés de coquillages, des formes organiques et aquatiques, des tissus satinés qui rappellent la perle, les sequins qui rappellent les écailles,… Dans la mesure du possible bien entendu, car l’idée est de faire du vêtement, pas des costumes, mais ce sont vraiment des souvenirs d’enfance, des bons moments.

Quelle est ta matière favorite ?

Je n’en ai pas, j’aime toutes les matières. C’est plutôt des coups de cœur parce qu’il y a des paillettes ou parce que j’imagine une super veste, etc. En général, j’aime bien les choses un peu spéciales avec des couleurs ou un fil qui va être pailleté par exemple.

Une icône ou une muse ?

J’en ai pas mal. Premièrement je dirai ma mère qui a fait toute mon éducation et qui m’a toujours dit « tu t’en fous des autres, c’est tous des moutons » et j’en ai fait une force même si ce n’était pas toujours facile. J’ai grandi dans une école catholique, à Gembloux, j’étais une élève exemplaire même si on me jugeait souvent par rapport à mon apparence. Puis c’est plutôt des artistes comme Peaches, ce que raconte Virginie Despentes, Shirley Manson de Garbage, Courtney Love, les meufs d’L7, Joan Jett,…J’aime beaucoup l’énergie qu’elles génèrent. Elles ont vraiment un pouvoir qui est inspirant.

Quels sont tes objectifs pour les années à venir ?

On est en train de refaire totalement le site internet et l’objectif est de vendre en ligne dès janvier 2015. J’aimerais également trouver de nouveaux points de vente. Continuer à faire des collaborations avec des stars (cf. Ciara), des bloggeuses et gagner en visibilité.

Aujourd’hui tu dirais que ta marque en est où ?

Au tout début. Je pensais déjà être pas mal avancée mais en fait non. C’est une réflexion que j’ai eue : quand on est sorti de l’école on se dit « ouf ! » et en fait c’est comme si on recommençait des études mais encore plus dures, parce qu’on débarque dans l’inconnu avec des enjeux financiers et personne n’est là pour nous chapeauter. C’est un nouvel apprentissage.

Qui est la femme Doriane van Overeem ?

Ca serait quelqu’un qui a envie de porter quelque chose de confortable, qui est pleine de vitamines, qui est fun, qui ne se prend pas la tête.

Que penses-tu du Made in Belgium ?

C’est important de rééduquer les gens sur leur manière de consommer car on est vraiment rentré dans un comportement « on achète-on jette ». On ne pense plus à combien la personne a été payée et même si c’est dur pour moi, j’assume totalement le choix de produire ici. Pas mal de professionnels du milieu m’ont déconseillé de le faire, mais je trouve que si ce n’est pas nous, la nouvelle génération de designers, qui changeons les choses, ce n’est pas les grandes marques qui produisent sans scrupules de l’esclavage moderne qui le feront.

Je trouve qu’en tant que créateur aujourd’hui, tu ne peux pas faire que du vêtement, tu dois être plus engagé par rapport à d’autres choses. Personnellement, je n’achète plus rien ou quand c’est le cas, uniquement en soldes et je porte presque exclusivement des vêtements de seconde main !

La pièce favorite de ta collection ?

Je les aime toutes en fait. J’aime bien mon sweat brodé avec la méduse, la robe noire, qui est séduisante tout en étant facile à porter, et aussi ce top à paillettes.

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